Politique des transports : supprimer la 1ère classe ? Non, merci.

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Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle. Frédéric Bastiat (La Loi)

Quand nous prenons le train ou un autre transport en commun, nos attentes diffèrent. Certains souhaitent simplement se rendre rapidement au travail, d’autres travailler durant le trajet, ou encore seulement se rendre d’un point A à un point B pour satisfaire un besoin de consommation ou prendre part à une activité récréative.  Pour faire ce trajet, nous avons donc tous un « consentement à payer » différent, car la valeur du service n’est pas la même aux yeux de l’individu X et Y selon les besoins exprimés plus haut.

Dans un monde idéal, l’entreprise qui fournit le service pourrait facturer exactement le montant que représente la transaction pour chaque individu. On parlerait ici d’une sélection par les prix parfaite (à la tête du client, selon ses envies). Or, dans la réalité quelque peu plus complexe que la théorie, les entreprises mettent en place une offre en segmentant plus grossièrement les besoins de la population ciblée. Dans le cas présent, la première et la deuxième classe s’adressent à des publics distincts. En dehors du prix, les raisons et motivations de transport expliquent la demande forte pour cette offre séparée. Que ce soit pour le calme, la possibilité de travailler ou d’avoir plus d’espace, chaque raison est respectable. Vouloir imposer la même classe et donc le même service à tous équivaut à diminuer la satisfaction finale de l’ensemble des utilisateurs. Or, toute atteinte à l’optimum de Pareto (un état économique dans lequel il n’est plus possible d’améliorer la situation d’un individu sans dégrader celle d’un autre au moins) engendre par définition une altération du seul « bien commun » réellement existant. Malheureusement, c’est la politique voulue par certains acteurs. Une vieille marotte refait surface : supprimer la 1ère classe, accusée de tous les maux.

Les JUSO s’agitent 

Symptomatique, leur prise de position ne comporte aucun lien vers une étude sérieuse qui donnerait une quelconque base argumentaire solide à leur revendication. Elle contient uniquement des présuppositions vagues de certains porte-paroles. Trahissant une maladroite volonté d’alimenter le « sommerloch » médiatique, la démarche tourne heureusement très rapidement à la débandade. Interrogé sur les ondes de la 1ère, durant un débat de l’émission forum, animé par Chrystel Domenjoz, face au conseiller national PLR Hugues Hiltpold, Bertil Munk, vice-président de la Jeunesse socialiste suisse s’emmêle généreusement les pinceaux. Il admet qu’une seule enquête (et non une étude, contrairement à ce qu’il avance), celle de Bon à savoir donne des chiffres sur le thème. Le débat en trois citations:

  1. à partir de 1:20B.M. : En deuxième classe il n’y a plus assez de place pour les personnes qui veulent s’assoir.

Problème, même l’enquête en question dit le contraire:

« Mais un point positif ressort aussi de notre enquête: dans chacun des six trains observés, il restait suffisamment de places pour que chaque passager trouve un siège. »

« Le plus souvent, il suffit donc de rejoindre une extrémité du train pour trouver des places assises. »

Bon à savoir, la source unique des JUSO vient donc contredire leur thèse.

  1. à partir de 4:35B.M. : Est-ce qu’on peut imaginer au 21ème siècle des hôpitaux publics où les riches peuvent passer en premier et les autres vont ailleurs ?
    • Chrystel Domenjoz : Ceux qui paient plus peuvent être en chambre individuelle et ceux qui paient moins sont en chambre commune, donc ça existe aussi.
    • B.M. : Voila, mais c’est une pensée qui reste ultra archaïque (sic)
  2. à partir de 5:00Chrystel Domenjoz pose la question de l’applicabilité
    • B.M : Cette action, cette chose (sic) que nous voulons, on ne se base pas directement sur des modalités précises
    • Hugues Hiltpold : Vous devriez.

Au final, la proposition populiste, transpire la jalousie et une haine, non documentée, de son prochain sur des critères arbitraires. Dans son livre « Philosophie de l’impôt » Philippe Nemo revient sur la véritable motivation de ce genre de logiciel politique, qui transparait par exemple dans les motivations de l’impôt progressif : « l’envie, une passion collective soudant ses adeptes contre un bouc émissaire, la classe des riches. Cette passion, prenant sa source dans le cœur et non dans le cerveau, est difficile à combattre« .

Pourtant, des solutions existent d’ores et déjà pour faire face à une fréquentation fournie d’usagers. Les CFF rappellent « qu’en cas de pics d’affluence, ils ont la possibilité d’installer des passagers munis d’un billet de 2ème classe en 1ère« . Par ailleurs, de nombreux outils sont mis à disposition des utilisateurs pour qu’ils puissent adapter leur trajet en fonction des prévisions d’occupation des trains.  Et finalement, des rames supplémentaires sont mobilisées pendant les heures de pointes, dans le but de maitriser au mieux les affluences importantes. Par ailleurs, le nouveau matériel roulant doit améliorer cette prise en charge. En résumé, en cas de problème ponctuel, des outils permettent de juguler temporairement le flux.

Péjorer l’attractivité du train en supprimant la 1ère classe : fausse bonne idée 

Le sujet n’est en réalité pas vraiment nouveau. Il a déjà été débattu sous diverses formes. En 2016, le conseiller national UDC de Saint-Gall Lukas Reimann a déposé une motion dans laquelle il souhaitait que « les fonctionnaires, les cadres des CFF et les politiciens n’obtiennent «plus que» des AG de 2ème classe« . Refusée, notamment par le groupe socialiste, cette proposition a le grand mérite d’avoir obligé les différents acteurs à se prononcer sur la thématique. Dans son développement, le Conseil fédéral justifie le choix de la 1ère classe de la façon suivante : « Les employés de la Confédération peuvent effectuer leurs voyages de service en première classe. Cela leur permet de travailler durant le voyage, ce qui ne serait pas possible en deuxième classe du fait de l’occupation et du bruit plus importants« . Pour Kurt Schreiber, qui était président de l’association Pro Bahn au moment des faits « certains parlementaires ou fonctionnaires finiraient peut-être par prendre la voiture au lieu de voyager en train. Et ce n’est pas le but« . Suite au refus de la première proposition, l’écologiste Irène Kälin est revenue à la charge. Pour essuyer la même fin de non recevoir. La raison ? « Il y a lieu d’encourager le travail mobile, de sorte que tous les députés profitant de leurs déplacements en train pour travailler puissent, dans la mesure du possible, continuer de le faire dans le calme et avec concentration« . Edith Graf-Litscher, élue PS à Berne développe l’argumentaire en rappelant que « Le fait que les membres du conseil reçoivent un AG de première classe n’est ni un luxe ni un privilège, mais s’explique par le fait que la plupart d’entre nous utilisons également ce temps pour travailler« . Visiblement, même le parti socialiste semble être convaincu de la pertinence de l’existence de la 1ère classe.

Différence entre la 1ère et la 2ème classe 

Dans une interpellation déposée au parlement, le désormais ex-conseiller national Ruedi Aeschbacher (PDC) demandait pourquoi les « CFF veulent supprimer les espaces silence, sous prétexte qu’il est difficile de faire respecter le silence dans les voitures de deuxième classe?« . La réponse du Conseil fédéral vient confirmer la demande différente des utilisateurs qui utilisent cette classe : « Les raisons principales de supprimer les espaces silence en deuxième classe résident dans les nombreuses réactions négatives des clients ainsi que dans les problèmes d’attribution pour les réservations de groupes (les espaces silence en deuxième classe restreignent tellement les capacités en places assises que les groupes doivent être répartis sur d’autres trains, voire refusés). Par ailleurs, les études de marché commandées par les CFF ont montré que les espaces silence sont beaucoup moins demandés en deuxième classe qu’en première, où cette offre est exigée par les clients. Les CFF relèvent encore que les espaces silence ne répondent guère à un besoin aux heures creuses et durant les week-ends« . Bien évidemment, tout individu a des besoins illimités ou du moins diversifiés, qui font qu’il est impossible de répondre parfaitement aux désirs de chacun, des frustrations existeront toujours. Mais la solution actuelle semble maximiser les demandes des divers publics. Au vu des faits évoqués ci-avant, il est toutefois clairement établi que la suppression d’une classe viendrait simplement réduire massivement l’expérience satisfaisante de certains sans améliorer avec certitude celle des autres. Au final, contrairement à la route, le train arrive et part à la même heure pour les deux classes, on ajuste simplement le confort du trajet. De plus, n’oublions pas que les CFF sont sous perfusion massive d’argent public, et que selon les chiffres d’Avenir Suisse « le degré de couverture des coûts du rail se chiffre à 41 % seulement« . Le reste est payé par le contribuable. La redistribution a déjà largement lieu.

Supprimer la 1ère classe, une mesure anti-sociale

Les réactions des experts du secteurs viennent évidemment mettre à mal la proposition. Pour le porte-parole de l’Association des transports de Zurich (ZVV) Thomas Kellenberger « Nous avons des pendulaires qui ne prendraient plus les transports publics s’il n’y avait pas de première classe. Nous perdrions donc des clients si on la supprimait« . Plus grave encore, la proposition risque au final de se retourner contre ceux qu’elle prétend défendre : « la ZVV est une entreprise cantonale subventionnée par l’argent des contribuables. Les pendulaires qui voyagent en 1ère contribuent à réduire le déficit. Tout le système serait même en danger si la première classe était supprimée« . Selon Marco Salvi, directeur de recherche chez Avenir Suisse et professeur d’économie à l’EPFZ cette mesure fait fausse route: « S’il n’y avait qu’un seul prix, les recettes diminueraient. Actuellement les CFF peuvent appliquer deux prix, les passagers de première classe subventionnent ainsi ceux de deuxième classe. Si les classes étaient abolies, le service se rapprocherait de la 1ère classe et le prix augmenterait. Les passagers de deuxième classe seraient les perdants« . L’évidence ne choque pas les auteurs de la proposition, Clément Borgeaud, vice-secrétaire central de la JSS « Ce que nous voulons, c’est que les CFF fonctionnent comme un service public, à l’instar de La Poste où le prix du timbre est le même pour tous« . Manifestement, l’argumentaire n’a pas été travaillé du tout. La Poste, à l’instar des CFF pratique une politique de sélection par le prix, avec une offre A prioritaire et une offre B. N’est-ce pas justement le modèle décrié dans le secteur ferroviaire ? Ici encore, la Poste répond à des besoins différents, qui sont légitimes.

Faciliter la vie aux usagers et améliorer la transparence du financement

D’autres pistes, efficaces, existent. En mars 2018, les CFF annonçaient par exemple que les billets dégriffés, en particulier aux heures creuses, seront vendus à un prix réduit jusqu’à 70%, au lieu de 50% auparavant. On pourrait également imaginer que les billets soient moins chers s’ils sont réservés tôt à l’avance.

D’autres pistes, plus ambitieuses et globales, tel le « mobility pricing » sont à l’étude. Pour rappel : « Par tarification de la mobilité, on entend des tarifs liés à la prestation pour des produits et des services en lieu et place d’impôts indirects, de redevances et de tarifs uniques. Quiconque consomme des prestations de mobilité doit être incité à se soucier des coûts« . Etudié par Avenir Suisse dans une étude dès 2013, il est désormais en main politique: « Le Conseil fédéral a chargé le DETEC, en collaboration avec les cantons et les communes intéressés, de réfléchir à la mise en place de projets pilotes« .

Selon Avenir Suisse « ce principe économique permettrait de redimensionner la demande de mobilité, d’améliorer l’utilisation des capacités, de limiter les embouteillages, de réduire les énormes coûts du système des transports et garantir davantage de fair-play dans la consommation de mobilité. Car qui consomme doit payer« .

On pourrait par ailleurs relever que les partis de gauche s’opposent régulièrement aux nouvelles formes de mobilités qui permettent de se déplacer à un coût moindre. Uber et autres « bus longue distance » peuvent en témoigner, alors même que le Conseil fédéral juge que ces offres sont des compléments des services en place.

2018 – L’odyssée du quota

Article écrit par Louise Morand et Nicolas Jutzet

C’est officiel, pour le Conseil national, la Suisse a besoin de quotas! La chambre du peuple a voté, par 95 voix contre 94 et 3 abstentions, que les sociétés cotées en Bourse devront compter au minimum 30 % de femmes dans les conseils d’administration et 20 % dans les directions. À ce jour, dans les 100 plus grandes entreprises du pays, les femmes occupent 19 % du conseil d’administration et 7 % des directions. Cette nouvelle règle s’appliquera 5 ans après l’entrée en vigueur de la réforme du droit des sociétés anonymes. Toutefois, aucune sanction n’est prévue en cas de manquement. La mesure toucherait quelque 250 sociétés. Il faudra à ces dernières s’expliquer sur les raisons de leur échec à respecter ce pourcentage et donner des pistes pour y parvenir dans le futur.

Qui dit quotas, dit discrimination positive. Or, si le terme ‘positif’ peut prêter à confusion, l’inégalité, elle, demeure. Ainsi donc, les femmes seraient-elles encore et toujours le sexe faible ? Est-il impossible d’être libre, de trouver sa place, sans le secours des nobles chevaliers parlementaires ? C’est oublier qu’un emploi devrait être dû à des compétences et non des chromosomes XX ou XY. John Stuart Mill, féministe au 19e siècle, disait «On demande seulement la suppression des indemnités et des droits protectionnistes dont jouissent actuellement les hommes» [1]. Lorsqu’une femme arrivera à un poste où règnent les quotas, en elle subsistera toujours le doute, que ne manqueront pas de lui rappeler ses collègues, de savoir si elle a réellement mérité ce travail. Cette mesure, votée afin de se donner bonne conscience, sera un poids de plus pour celles-là même qu’elle est censée protéger. À trop vouloir préserver un sexe de discriminations, on en vient à rendre ce critère incontournable. On le place au centre de toutes les discussions. Plutôt que de passer outre et de se concentrer sur les compétences de la personne.

La responsabilité individuelle aux oubliettes

37 ans après l’introduction d’un article pour l’égalité salariale dans la Constitution et des progrès dans de nombreux domaines, il semble que l’autorégulation et la responsabilité individuelle aient désormais mauvaise presse au Palais fédéral. Pour les parlementaires, la Suisse et ses réalités ne correspondent pas à leur vision, forcément omnisciente, de la société idéale. Il s’agit donc de modifier cette réalité par la loi, et vite ! Après avoir proposé des quotas pour le Conseil fédéral, puis une surveillance des salaires dans les grosses entreprises, voici venu le temps de la description de ce qu’est une bonne direction d’entreprise. Mais seulement dans les entreprises cotées en bourse, évidemment. Alors que la Suisse est peuplée à 99 % de PME. On perd, ici déjà, toute notion de cohérence. Comme pour la surveillance des salaires, l’État intervient, mais toujours en se focalisant sur les grandes structures. Comme si le Léviathan confessait, de lui même, que sa clairvoyance était somme toute relative, notamment pour prendre en compte les infimes nuances que génèrent les spécificités de la vie interne de chaque petite et moyenne entreprise du pays. Première inégalité. Si ces mesures marchent (Ce qui est évident, étant donné qu’elles récoltent une majorité au Parlement. Le contraire voudrait dire qu’on vote des lois, des mesurettes populistes pour faire plaisir au bon peuple et ça… Non, c’est impossible, évidemment), pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Si l’idée d’imposer une façon de faire, de structurer sa direction semble admissible pour une majorité des parlementaires, pourquoi s’arrêter à ces chiffres arbitraires ? La femme n’est l’égale qu’à 30 % de l’homme au Conseil d’administration, et à peine 20 % dans les directions ? L’arbitraire règne en maître, suivi de près par l’hypocrisie d’un parlement qui croit se dédouaner de rendre des comptes sur les causes réelles de ce malaise qui subsiste au sujet de la rémunération et l’épanouissement professionnel des femmes dans notre pays. On peut donc rajouter l’égalité homme-femme à la longue liste de choses trop sérieuses pour être laissées aux mains de politiciens.

Un vote et une date symbolique

Par ailleurs, cette mesure inutile, si ce n’est néfaste, fut votée un 14 juin. Ce qui est loin d’être un détail. Car, petit rappel historique, le 14 juin 1991 eut lieu la « Grève des femmes ». L’Union syndicale suisse avait alors organisé une grève à travers tout le pays impliquant plus de 500 000 femmes qui revendiquaient une application plus stricte de l’article constitutionnel instaurant l’égalité homme-femme (art. 8 al. 2 Cst). Ne serait-ce que par la date, nos élus envoient un signal fort à la population. « Oui, les quotas sont acceptables ». Nos parlementaires auront beau répliquer que c’est une mesure non contraignante, les médias nationaux ont d’ores et déjà présenté comme établi que le Parlement accepte les quotas (sous-entendu contraignants). La nuance est infime et peu seront ceux qui la remarqueront. Et, pour être honnête, peu importe la forme, on admet que l’État doit s’immiscer dans la vie des entreprises, une fois de plus. Ainsi donc, en votant de manière « symbolique », des personnes traditionnellement opposées à ces règles ont directement contribué au futur vote des quotas obligatoires. L’enfer est dit-on pavé de bonnes intentions. Or ici, ce besoin paternaliste de devoir démontrer que « le politique fait quelque chose pour les femmes » sera, sur le long terme, une défaite intellectuelle pour toute personne qui pense que la responsabilité individuelle, et celle des entreprises, est le meilleur chemin pour atteindre une maximisation de l’épanouissement des individus, quel que soit son sexe. À force de « servir les plats » à la gauche, en avalant des couleuvres par paquets, dans une volonté démagogique de démontrer que l’on a compris l’évolution de la société, certains libéraux font le lit de l’avancée de la pensée erronée qui voudrait que l’État soit la solution, alors qu’il est bien souvent le problème.

L’uniformisation des individus

Le Parlement semble estimer que l’égalité ne peut être atteinte que si les femmes correspondent au modèle classique de réussite masculine. C’est-à-dire gagner un maximum d’argent le plus rapidement possible. Que les individus, qui se trouvent être des femmes, préfèrent se réaliser autrement semble impossible aux yeux de nos politiciens. Ceux-là mêmes qui nous parlent de réduction du temps de travail n’en tiennent pas compte lorsque cela est appliqué. Or 6 femmes sur 10 travaillent à temps partiel (par opposition, il n’y a que 1,7 homme sur 10 dans la même situation) et c’est une tendance qui se stabilise. Selon un rapport du Conseil fédéral, ces personnes préfèrent utiliser autrement leur temps. En se basant sur la psychologie cognitive et comportementale, certains on pu constater des différences entres les comportements moyens des hommes et femmes. Les femmes seraient plus nombreuses à choisir des métiers plus autonomes et flexibles. Tandis que les hommes ont tendance à se diriger vers les extrêmes. « Il y a plus d’hommes extrêmement paresseux ou prêts à se tuer au travail. » a écrit la chercheuse Susan Pinker. Cela se nomme la plus grande variabilité masculine [2]. C’est-à-dire que les hommes seraient à la fois bien plus et bien moins aventuriers que les femmes. En conséquence, on trouverait moins de candidates féminines pour les postes où la carrière domine la vie sociale. Un employé de Google, James Damore, fut mandaté pour répondre à la question du peu de femmes dans l’entreprise. Sa réponse fut simple : On tente d’appliquer à tous un modèle sans tenir compte des individus et de leurs différentes aspirations. « We need to stop assuming that gender gaps imply sexism. » dit-il. Damore soulève le fait que toute différence entre les genres est vue comme une oppression des femmes. Sa conclusion est la suivante : cessons de considérer les personnes à travers le prisme de leur appartenance à un certain groupe. Suite à ce memo de juillet 2017, Damore fut renvoyé de Google. Cela montre bien le malaise qui règne autour de la diversité quand on la force. Avec ou sans quota.

La société évolue, que ce soit le rapport homme/femme, ou le rapport des citoyens avec le travail. Y répondre avec des codes et des logiques du passé, même à base de paternalisme faussement libéral (mieux connu sous le nom de nudging), n’a que peu de sens. Une entreprise qui permet à ses employés de gérer au mieux le rapport de plus en plus indécis entre le travail et le temps libre, bénéficie d’un avantage comparatif certain. Pourquoi se focaliser sur la finalité, alors que l’essentiel de l’évolution se passe ailleurs ? D’autres pistes existent. Dans un récent correctif, le Conseil fédéral reconnaît qu’au total, ce sont environ 704 000 couples mariés qui sont pénalisés sur le plan fiscal. Il s’agit d’éliminer la pénalisation, souvent aux dépens du revenu le plus modeste, des couples mariés dans le cadre de l’impôt fédéral direct. Les discussions autour de l’introduction d’un congé parental vont également dans le sens d’une meilleure prise en compte de l’évolution de la vie familiale. Dans ce sens, la possibilité de voir les déductions fiscales par l’impôt fédéral direct pour les frais de garde d’enfant par des tiers s’élever à 25’000 francs serait salutaire. Il s’agit donc d’accompagner ces changements, et non de forcer, par loi, une volonté parlementaire. L’État n’a pas à indiquer à une entreprise privée, quelle que soit sa taille, à quoi doit ressembler sa direction. D’après le récent rapport publié par Business Monitor, les femmes sont moins présentes aux postes de décision en Suisse romande qu’en Suisse alémanique. La Romandie légifère, donne des leçons au sein du Parlement, la Suisse allemande agit. As usual.

En dehors de la politique, le monde bouge

Dans le privé, des exemples de réussite existent d’ores et déjà. Ikea Suisse et Sandoz Pharmaceuticals sont cités en exemple, car ils affichent la parité parmi leurs cadres. Cette démarche s’inscrit dans un large mouvement de fond. En Suisse, c’est « Advance Women », qui personnalise cela. Avec des membres comme ABB, Credit Suisse et autre Nestlé, elle poursuit l’objectif d’assurer que les femmes occupent 20% de tous les postes de direction dans les sociétés membres d’ici 2020 et que l’économie profite de l’innovation, du profit et de la productivité plus élevés résultant des équipes de gestion mixtes.

Ailleurs, parmi les investisseurs, la thématique est également à l’ordre du jour. Les plus gros fonds de pension du monde se fixent des objectifs « Investors including Japan’s Government Pension Investment Fund, the largest pension fund in the world, JPMorgan Asset Management, Standard Life and BlackRock will push companies for 30 per cent of women on FTSE 350 boards and 30 per cent of women in senior management at FTSE 100 companies by 2020 ». Encore une fois, la politique est utile pour fixer un cadre optimal à l’économie, pas pour lui dicter sa route. Chacun son travail. Le parlement évite de trop nuire au modèle à succès qu’est la Suisse, basée sur l’autorégulation, et les entreprises s’occupent de créer du travail et de la valeur ajoutée.

En conclusion, il s’agit également de reconnaître que ceux qui font l’économie de ce pays et les différentes organisations qui représentent ces milieux partagent la responsabilité de cet échec intellectuel et de la faillite supposée de la responsabilité individuelle. Qu’une majorité du parlement, qui pense sur cet objet donner suite à un sentiment de la population, se permette de mettre à mal ce qui a fait la réussite de notre pays démontre, sans discussion possible, que la thématique n’a pas encore assez été prise au sérieux par l’ensemble du tissu économique. Ou du moins, pas assez expliquée. Dans le futur, donnons-nous les moyens d’éviter ces démarches populistes : montrons l’exemple !

Et pour ceux qui, aujourd’hui, redoublent d’ingéniosité pour tenter de justifier leur vote : Nous nous réjouissons de voir votre vote au sujet de la surveillance des salaires dans les entreprises (là aussi, pas de sanction prévue en cas d’échec). Ou des quotas contraignants. L’acrobatie argumentaire à de beaux jours devant elle. La liberté et la responsabilité individuelle, beaucoup moins. Dommage!

Vous pouvez retrouver cet article et d’autres, sur le blog de Louise Morand

[1] L’asservissement des femmes, John Stuart Mill, 1869.

[2] Les hommes sont-ils obsolètes ?, Laetitia Strauch-Bonart, 2018.

Dire non au compromis AVS/Projet fiscal 17

Plus de liberté

Lundi 4 juin 2018, lors de l’émission «Classe politique» (L’AVS et la fiscalité des entreprises), j’ai pu exprimer mes réticences au sujet de la volonté de lier deux objets d’une importance cruciale pour l’avenir de notre pays. L’AVS et le projet fiscal 17. Vous pouvez revoir le replay en cliquant ici, à partir de (46:00). Lire la suite « Dire non au compromis AVS/Projet fiscal 17 »