Dire non au compromis AVS/Projet fiscal 17

Plus de liberté

Lundi 4 juin 2018, lors de l’émission «Classe politique» (L’AVS et la fiscalité des entreprises), j’ai pu exprimer mes réticences au sujet de la volonté de lier deux objets d’une importance cruciale pour l’avenir de notre pays. L’AVS et le projet fiscal 17. Vous pouvez revoir le replay en cliquant ici, à partir de (46:00).

Victoire à la Pyrrhus pour la droite

En acceptant ce deal, la droite se mettrait dans une position de faiblesse pour les discussions à venir sur la prévoyance vieillesse. Cette victoire est une victoire sur le court terme, une victoire à la Pyrrhus. Le projet fiscal est urgent, et doit être appliqué le plus rapidement possible. Il faut assumer cette urgence et avoir le courage de l’expliquer à la population. Accepter ce compromis bancal, entre deux sujets distincts, pour acheter le silence de tout le monde, est un précédent dangereux. Faire de la politique, c’est faire des choix, pas avoir peur du peuple.

Depuis les années nonante, nous attendons une réforme en profondeur de notre système de prévoyance vieillesse. Pour rappel, au départ, l’AVS était financée par 6 actifs pour un retraité, à ce jour le rapport est de 3,4/1 et en 2050, il sera de 2 actifs pour un retraité. Le déséquilibre est évident. D’après les projections, le fond AVS sera vide en 2030 et confronté à des déficits à hauteur de plusieurs milliards, chaque année. Sans oublier la redistribution massive qui a déjà lieu aujourd’hui dans le 2ème pilier, des actifs vers les retraités, en raison du taux de conversion trop élevé. La jeune génération va passer à la caisse, c’est inéluctable. La seule question c’est désormais de savoir si la génération des baby boomers, qui nous laisse un système exsangue à défaut d’avoir eu le courage de le réformer, est d’accord de prendre en charge sa partie de la facture, en travaillant une année de plus, par exemple. Repousser le débat et se donner de l’air, un scénario trop souvent privilégié ces vingt dernières années.

En acceptant ce compromis, on donne encore une fois du temps, et de la marge de manoeuvre au parlement. Un parlement de baby boomers. Or, le parlement a besoin de courage, pas de temps. Plus on attendra, plus la facture sera lourde pour les actifs.

Séparons les deux objets, et réglons en profondeur, sur le long terme, les problèmes de l’AVS. L’AVS est une baignoire qui fuit, et menace de devenir une passoire, cette proposition ne fait qu’ouvrir un nouveau robinet pour l’alimenter, comme toujours! Alors qu’il faut la réparer. Qu’il faut inverser la logique.

Mesures à prendre :

-Flexibiliser le départ à la retraite (Selon PV2020 de 62 à 70 ans, par exemple)
-Introduction d’un frein à l’endettement automatique pour l’AVS (en cas de déficit, l’âge de la retraite augmente automatiquement)
-Age de référence de la retraite à 65 ans, au minimum, pour tout le monde
-Lisser les bonifications de vieillesse
-Dépolitiser le taux de conversion LPP

La prévoyance vieillesse est un sujet trop important pour être tributaire des logiques politiques. Dépolitisons au maximum les facteurs. Le système de prévoyance a un coût, exacerbé par l’espérance de vie qui, et c’est réjouissant, augmente. Il s’agit dorénavant de l’assumer, cessons de croire que nous pouvons passer à côté de ces mesures douloureuses.

L’arrogance de la gauche et l’absence de volonté de réformer

Dans une interview donnée à la presse romande, Christian Levrat, président du PS, proclame que : «la hausse de la retraite des femmes à 65 ans, c’est liquidé». Cette affirmation est symptomatique du déséquilibre de ce compromis, et doit susciter l’incompréhension dans l’esprit de toute personne qui se rend compte que la prévoyance vieillesse est au bord de la faillite. Monsieur Levrat, qui défendant hier encore l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes dans le cadre de la réforme prévoyance 2020, ressort clairement renforcé de ce marchandage fumeux. Merci qui ?

Les politiciens ont besoin de courage, pas de temps. Massivement représentée au parlement, la génération des baby boomers se doit réformer un système qui dérive, en acceptant de payer sa partie d’une facture qui, quoi qu’il arrive, impactera massivement la nouvelle génération, et les suivantes. Or, en acceptant ce deal, on remet encore une fois le débat à plus tard. Le passé récent nous démontre que c’est une mauvaise approche.

Assumons les bienfaits du PF17, prenons le temps d’expliquer ces derniers à la population. Ayons le courage de nos opinions. Lors de la campagne au sujet de la RIE3, comme souvent, nous avons pensé que l’argent et les milliers d’affiches, suffiraient. Cette vieille façon de faire de la politique ne marche plus. Et il faut s’en réjouir! C’est une occasion parfaite de démontrer que la droite sait répondre aux besoins de la population et que, elle seule, se bat pour des conditions cadres qui permettront à la Suisse de rester le bon élève qu’elle est. Pour cela, nul besoin de se compromettre avec Levrat et Cie, non, il suffit d’assumer.

Pour les intéressés :